L’HOMME QUI MARCHE...

D’ABORD, LES SÉGUIN...

Richard Séguin est né en mars 1952, à Pointe-aux-Trembles.

Avec sa soeur jumelle Marie-Claire, il compose ensemble leur première chanson à 16 ans, Som Séguin.  C’est à cette époque qu’il quitte le collège pour prendre la route et former le groupe La Nouvelle Frontière.  Le groupe participe aux soirées du Centre Monchanim et enregistre deux albums : La Nouvelle Frontière et L’hymne aux quenouilles.

En 1970 que les Séguin forment véritablement le duo qui deviendra le groupe culte de toute une génération.  Ils donnent cette année-là une série de spectacles dans les boîtes à chanson, assurent la première partie du spectacle de Gilles Vigneault au Patriote, ainsi que celle des Cyniques, participent avec Joni Mitchell et Peter, Paul & Mary au spectacle bénéfice Amishqua pour la défense des droits de la nation crie de la Baie James. Ils y chantent Som Séguin, pour dénoncer l’humiliante tutelle subie par les Amérindiens.  En 1972, ils enregistrent leur premier album, Séguin, ils sont nommés groupe de l’année, font une tournée  de 180 spectacles qui les conduit de Montréal à Vancouver et la télévision de Radio-Canada leur consacre une émission spéciale.

À contre-courant du show-business, les Séguin poursuivent leur chemin.  En 1973, le duo chante en première partie du spectacle de Diane Dufresnes à la Place des Arts.  Il se produit également en France, dans le cadre de La semaine de la poésie et de la chanson,  où il sera d’ailleurs désigné meilleur groupe québécois.

L’année suivante, les Séguin enregistrent leur deuxième album, En attendant, ils participent au festival international de la Super Francofête, se produisent à l’Outremont avec Félix Leclerc.  L’année 1975, sortie de l’album Récolte de rêves, leur troisième album, en 1976, alors qu’ils sont plus que jamais le symbole de leur génération, Richard et Marie-Claire Séguin décident de poursuivre des carrières individuelles. Le duo se produit une dernière fois à l’Outremont et lance son dernier album Festin d’amour, toujours à l’image de ses valeurs et de ses principes, justice, tolérance, liberté.

...PUIS D’AUTRES COMPLICES
Depuis 1970, Richard Séguin privilégie les rencontres et les collaborations artistiques, à l’époque avec Gilles Valiquette, Richard Grégoire, plus tard avec Raoul Duguay.  En 1976 débute sa collaboration avec Serge Fiori, un travail qui portera fruit:  en 1977 paraît le mémorable Deux cents nuits à l’heure À l’automne, l’ADISQ récompense la qualité et l’énergie de la collaboration  Séguin-Fiori avec 3 Félix : auteur-compositeur-interprète de l’année,  groupe de l’année, album de l’année.

C’est finalement en 1980 que Richard Séguin lance son premier album solo, Richard Séguin. Après une tournée au Québec et dans les maisons de la culture en France, il travaille en étroite collaboration avec Louky Bersianik, romancière et poétesse.  Avec Louky, il réalise son deuxième album, Trace et contraste.  Lancé en 1981, l’album entraîne Richard Séguin jusqu’au Festival de Spa où il se mérite 3 prix :  le grand prix radiophonique des programmes de langue française, le prix Joe Carlier pour la meilleure musique et le grand prix de Spa pour la meilleure chanson, avec Chanson pour durer toujours.  Toujours en 1981, il remporte le 2e prix de la jeune chanson au Festival mondial de la chanson française.

En 1983, après un arrêt volontaire de plusieurs mois pour se ressourcer au cœur de son havre de solitude des Appalaches, il repart, d’abord au Festival Boréal de Sudbury, puis dans les cafés et les centres culturels du Québec.  Nouvel arrêt en 1984, avant de remonter sur scène dans le cadre des fêtes du 450e anniversaire pour l’inoubliable spectacle acoustique qu’il livre en compagnie de Claude Gauthier et de Maxime Leforestier.

D’AMÉRIQUE, TOUJOURS
En 1985, c’est la sortie de son troisième album, Double vie. La Presse le nomme Personnalité de la semaine pour l’excellence de son travail.

À l’automne, Double vie remporte le Félix de l’album rock de l’année, alors qu’il reçoit lui-même celui de l’auteur-compositeur.  En 1987, alors qu’il se retire dans ses terres et passe une grande partie de l’année à écrire et peaufiner son prochain album, le Colloque Radio-Activité lui remet une plaque :  Double vie s’est maintenu pendant plus de 50 semaines parmi les meilleurs vendeurs.

En 1988, sa carrière amorce un nouveau tournant avec la sortie de Journée d’Amérique.  L’album se mérite le Félix du meilleur album pop-rock, alors que Paul Pagé repart avec le Félix de la sonorisation pour son travail sur l’album.  Richard Séguin reçoit en outre le Billet d’or de l’ADISQ pour son spectacle et Jean-Jacques Shetoyan, le Félix de la réalisation de la meilleure émission de variétés, celle qui met en ondes ce même spectacle.  Coup sur coup, Richard Séguin enregistre trois vidéo-clips :  Journée d’Amérique, Ici comme ailleurs et Ensemble. Puis il s’envole vers le Sénégal où il participera, dans le cadre du Sommet de la Francophonie qui s’y tient, à l’émission « D’accord Dakar ». À la fin de l’année, avec plus de 100 000 copies vendues, Journée d’Amérique sera officiellement décrétée platine.

La tournée du spectacle Journée d’Amérique se poursuit au Québec en 1989, avec un arrêt au Festival international d’été de Québec où le public lui réserve un accueil plus que chaleureux, prestation qui lui vaudra le prix du spectacle le plus populaire remis par le Festival.  La chanson  Ici comme ailleurs , tirée de Journée d’Amérique remporte le concours NOTRE CHANSON, de Radio-Canada .  Elle se classe 2ème  au Renonciat 1989, la finale des radios nationales francophones.  Quelques années plus tard, en 1992, elle sera couronnée du prix décerné par la SOCAN pour la musique populaire.  

À la fois grégaire et solitaire, Richard Séguin reprend la route en 1990, cette fois en solo et avec de nouvelles chansons.  Il  visite  les petites boîtes un peu partout au Québec, se nourrit des échanges plus intimes avec un public ravi de redécouvrir un Séguin plus solide que jamais.  Il travaille à son prochain album, jongle avec mots et musiques, tourne le vidéo-clip de Sentiers secrets.  Toujours en 1990 Richard Séguin est nommé, à fort juste titre, Artiste pour la paix.

CHANGER QUELQUE CHOSE
Il fignole et polit les chansons de son cinquième album solo, album qui paraît finalement en octobre 1991:  après quelques semaines seulement, Aux portes du matin est certifié or.  Sans qu’il ne le sache encore, et sans  qu’il ne l’ait cherché,  l’année qui vient sera celle de tous les honneurs, ce sera l’année Séguin.

1992.  La tournée au Québec remporte un succès éclatant, l’énergie et le dynamisme de Richard Séguin et de toute son équipe brûlent littéralement les planches des quelque 180 récitals qu’ils livrent au cours de leur tournée. L’ADISQ salue l’artiste, l’album et le spectacle avec la remise de 5 Félix:  meilleur album pop rock, interprète masculin de l’année, chanson de l’année pour Aux portes du matin, le Billet d’or pour le spectacle, sans oublier Yves Savoie qui reçoit le Félix de la sonorisation.  La Presse nomme Richard Séguin Personnalité de la semaine, on lui remet le prix de la tournée RIDEAU, celui de la SOCAN pour la musique populaire – Ici comme ailleurs -.  Toujours à l’automne, il participe à l’hommage rendu à Léonard Cohen à la télévision de Radio-Canada.  C’est en 1993 qu’est lancé Vagabondage, l’album live enregistré aux quatre coins du Québec pendant la tournée Aux portes du matin, pour les chansons qui ont si bien tenu la route, pour le brio et l’enthousiasme des musiciens chevronnés qui accompagnent Séguin et pour la complicité de toute l’équipe.  Au cours de cette même tournée, un document vidéo est réalisé :   Sous un ciel immense.  Ce document est d’ailleurs diffusé cette année-là à la télévision de Radio-Canada, dans le cadre des Beaux Dimanches.  La chanson Aux portes du matin reçoit un prix de la SOCAN à titre de l’une des dix chansons d’expression française les plus jouées à la radio, alors que le Festival international d’été de Québec décerne le prix du spectacle le plus populaire au spectacle du même nom.  Au cours de l’année, il en donnera deux représentations particulières de Aux portes du matin:  l’une avec l’Orchestre symphonique de Québec et l’autre avec celui de Laval.  À l’automne, Richard Séguin se voit à nouveau remettre le Félix de l’interprète masculin de l’année ainsi que le Félix du spectacle de l’année.  Pendant ce temps, aux États-Unis, Garry US Bond traduit trois des chansons de Richard Séguin : L’ange vagabond, et tu marches et Aux portes du matin.

Toujours en 1993, il produit et réalise l’album La rose des sables de Jean-François Lamothe.  Comme il s’intéresse de plus en plus à la gravure, un art patient et solitaire comme celui de l’écriture, il commence à travailler avec Yvan Lessard, à l’Atelier Daumier.

À l’été, 1994 il participe à la Symphonie du Québec,  un spectacle dont sera tiré un album, et réunissant, entre autres,  Michel Rivard, Laurence Jalbert, Daniel Bélanger organisé dans le cadre des Francofolies de Montréal pour célébrer le 10e anniversaire de Audiogram.  Il participe également à l’émission Aventure enregistrée en Équateur et diffusée sur les ondes de Radio-Canada.  Récolte de rêves, l’album culte qu’avait enregistré les Séguin en 1975 est réédité, alors que Vagabondage est certifié or et reçoit le Félix de la sonorisation.

D’Instinct paraît en octobre 1995 et sera rapidement certifié or. Il reprend la route avec ses musiciens pour une série de spectacles au Québec et il tourne le vidéo-clip de Rester debout et de Lettre à Zlata. « …RICHARD SÉGUIN A MENÉ LE FOLK ROCK QUÉBÉCOIS À SON NIVEAU LE PLUS ÉLEVÉ… »

Alain Brunet, La Presse,  mars 1996
En 2000 et 2001, Richard Séguin sillonne le Québec avec Microclimat, L’Ange vagabond devient classique de la SOCAN et à l’été 2001, Richard Séguin participe au spectacle de la Fête nationale à Montréal.  Avec son ami Florent Vollant, Claire Pelletier et d’autres, il est du spectacle imaginé par Yves Sioui pour commémorer la Grande Paix de Montréal de 1701.  À l’automne, Microclimat mérite le Félix de l’album Folk contemporain de l’année.

En 2002, M’entends-tu, tirée de Microclimat reçoit une distinction de la SOCAN pour être l’une des 10 chansons d’expression française les plus jouées à la radio.  Suivent une tournée et un album qu'il intitule "Solo" et que seuls ceux qui ont assisté à son spectacle ou qui ont visité son site Web peuvent se procurer.

Ayant participé quelques années plus tôt à l'événement Correspondances d'Eastman, pour lequel il rédigeait une lettre qui aurait pu être envoyée à Jack Kérouac, il décide d'adopter la lettre comme forme textuelle pour livrer ses textes de chansons.  Les couleurs, textures et les ambiances qui composent l’album : « Lettres ouvertes » le 15e en carrière, le 9e à son nom, est le résultat de rencontres entre l’artiste et quatre réalisateurs Hugo Perreault, Érik West-Milette, Toby Gendron et Claude Fradette.  Ils sont venus tour à tour mettre leurs talents, leurs coeurs au service des chansons, avec pour résultat une harmonie totale entre les différentes voix.  Rencontre importante, celle de Séguin et Patrice Duchesne qui agit comme directeur artistique et coproducteur de l’album.  Ces lettres ouvertes paraissent à l’automne 2006, des chansons comme des routes ouvertes où tout le monde peut espérer choisir son chemin peu importe le point de départ, Pointe-aux-Trembles, Tijuana ou Lowell.

«C’est bête, mais avant la sortie de journée d’Amérique, l’idée que notre fleuve, nos ruelles et nos hangars puissent faire partie de l’Amérique ne m’était jamais venue à l’esprit.

L’Amérique, pour moi, commençait au sud de la frontière, aux environs de Plattsburgh : et je voyais le Québec flottant comme une chaloupe dans un océan d’anglophones, essayant de garder le cap sur la France et le reste de l’Europe.

En écoutant Journée D’Amérique, et plus particulièrement la chanson-titre, Ici comme ailleurs et Protest Song, j’ai eu le sentiment que nous venions de jeter l’ancre sur le continent. Avec son quatrième  album solo, Richard Séguin assumait une façon d’être, d’agir et de penser à laquelle aucun Québécois n’échappait, des pires francophiles aux plus nationalistes: l’américanité.

Avec son écriture simple, inspirée de Woody Guthrie, son sens de la mélodie folk rock, sa richesse d’émotions, et son lyrisme qui évoquait Springsteen davantage que Mellencamp, il démontrait que notre musique comme notre littérature en est une d’espace, de dérives, de conquêtes et de rêves brisés, mais surtout d’héroïsme quotidien.  Il faisait sien et en français un imaginaire qui nous revenait de cœur et de droit : celui des gens ordinaires qui trouvent dans la fuite sur la route et dans l’amour le moyen de survivre. »


Louise Dugas, Voir